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Justin Trudeau, député

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La loi sur le système de justice pénale pour les adolescents

Monsieur le Président, je suis certain que vous pouvez vous imaginer quel plaisir cela me fait de pouvoir prendre la parole à la Chambre sur des questions intéressant la jeunesse. Les occasions sont beaucoup trop peu fréquentes à la Chambre de parler des jeunes Canadiens et de s’adresser à eux. Vous pouvez également vous imaginer, monsieur le Président, mon inquiétude et mon affliction en constatant que, encore une fois, le gouvernement ne parle des jeunes et ne propose des mesures touchant les jeunes que lorsqu’il est question de les emprisonner et de les punir.

À mon avis, les jeunes méritent mieux que cela. Les jeunes sont notre avenir, et cet avenir dépend de notre capacité de faire d’eux — et pas seulement de quelques-uns d’entre eux, mais d’eux tous — des citoyens influents, engagés, dévoués et productifs. Compte tenu du vieillissement de notre société, de notre population, il faut aller chercher les éléments les meilleurs et les plus brillants dans toutes les couches de la société, même parmi les gens à qui la chance ne sourit pas nécessairement, qui vivent dans un milieu peu favorisé ou qui n’ont peut-être pas accès aux meilleures possibilités. C’est dans ces cas qu’il devient extrêmement important de mettre l’accent sur la prévention et la réhabilitation, en investissant dans les services à l’intention des jeunes et dans les groupes jeunesse, d’encourager nos jeunes et d’engager un dialogue avec eux.

Qu’a fait le gouvernement récemment? Il a sabré dans les programmes communautaires et dans les initiatives jeunesse et réduit les possibilités offertes aux jeunes de grandir, de s’épanouir, de servir et de se dépasser.

J’ai deux exemples personnels à donner, un petit et un grand, qui m’ont particulièrement touché.

Cette année, le financement du programme Emplois d’été Canada dans ma circonscription a été amputé de 8 000 $ par rapport à l’an dernier à cause de ce que le gouvernement appelle des ajustements administratifs. Ce n’est pas un montant considérable, mais ces compressions signifient tout de même que quatre ou cinq jeunes n’auront pas la possibilité de travailler et d’aider des organisations communautaires cet été. En discutant avec mes collègues, je me suis rendu compte que c’était la même chose dans toute l’île de Montréal, et que, dans certains cas, les coupes étaient bien plus importantes. C’est un exemple qui montre que le gouvernement ne comprend rien et choisit de réduire ici et là des programmes qui s’adressent aux jeunes.

J’ai aussi un exemple plus imposant. Il y a quelques mois, le gouvernement a annoncé en grande pompe qu’il renouvelait pour trois ans le financement de Katimavik, le programme national de services pour les jeunes. Ce qu’il n’a pas mentionné dans son communiqué, par contre, c’est que le financement annuel serait réduit de 5 millions de dollars par rapport aux années précédentes. Chaque année, des milliers de jeunes s’inscrivent au programme Katimavik pour avoir la possibilité de servir leur pays et de faire du travail communautaire pour bâtir un Canada meilleur, un quartier à la fois. Les jeunes ont besoin d’un tel cadre qui leur offre des occasions de découvrir leur rôle dans notre monde, mais le gouvernement les prive de 5 millions de dollars par année.

Qu’est-ce que le gouvernement va faire de cet argent? Le projet de loi dont nous sommes saisis propose de construire de nouveaux centres de détention. Quelle absurdité.

Au coeur même du système de justice pénale canadien est la distinction entre les droits et les besoins des jeunes et ceux des adultes, une norme internationale que ce projet de loi veut éroder. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, que le Canada a adoptée, reconnaît les droits et les besoins spécifiques de l’enfant. L’État doit agir en fonction de l’intérêt de l’enfant. En favorisant l’incarcération des jeunes contrevenants dans des établissements pour adultes, le gouvernement portera préjudice à notre pays en tant que partie à cette convention.

Les jeunes contrevenants sont des êtres en développement; les parents et les tuteurs jouent un rôle important; les enfants ont le droit à la vie privée, à la protection contre l’exploitation et à l’expression de leurs opinions. Ce sont les principes fondamentaux de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant qui se reflètent dans l’actuelle Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, et ces principes sont nécessaires à la prévention de la criminalité.
Je trouve vraiment troublant que ce gouvernement choisisse de mettre de côté les intérêts de nos jeunes, alors que tous les Canadiens veulent un système de justice qui donne la priorité à la prévention et à la réhabilitation.
Regardons un peu les statistiques. La réalité, c’est que malgré ce que nous disent les conservateurs, les taux de criminalité sont à la baisse partout au Canada de même que chez les jeunes.
La criminalité chez les jeunes est en baisse partout au pays, mais le gouvernement affirme que le nombre de crimes violents commis par des jeunes augmente légèrement. C’est le cas dans certaines régions du pays, mais il y a une région où le nombre de crimes violents commis par des jeunes diminue. Dans cette région, on a misé sur la prévention et la réadaptation et on a mis beaucoup d’efforts en ce sens. Cette région, c’est ma province, le Québec.

Le Québec le comprend. On sait qu’on ne peut pas bâtir sur la peur de la jeunesse qu’ont différentes générations. Il faut donner la chance à nos jeunes de faire des erreurs, et il faut les guider afin qu’ils apprennent de leurs erreurs et puissent participer pleinement à notre société. Ce n’est pas ce que ce gouvernement est en train de proposer.
Il s’agit de politiques de la pire espèce, reposant sur la division, la peur et le cynisme. On trouve même une manifestation du cynisme dans le nom qui a été donné au projet de loi. Selon moi, le fait d’appeler ce projet de loi la loi de Sébastien est une pente glissante, cela dit sans rien enlever ni à ce que Sébastien et ses parents ont vécu ni aux efforts que ses parents ont mis pour défendre les intérêts des victimes. Toutefois, appeler ainsi ce projet de loi pendant que des groupes de défense des droits des victimes, d’un bout à l’autre du pays, décrient vigoureusement le fait que le gouvernement conservateur diminue son soutien aux programmes d’aide aux victimes et aux organismes communautaires aidant les personnes à surmonter le crime dont elles ont été victimes, c’est ce que j’appelle une politique cynique. Les politiques de la division consistent à départager, d’une part, les groupes qui sont susceptibles de voter pour un parti et, d’autre part, les groupes ne sont pas susceptibles de voter pour ce parti afin d’aller chercher les votes de ceux qui le feront.

On accentue la division entre les aînés et les jeunes en alimentant la méfiance à l’égard des jeunes, en renforçant le stéréotype selon lequel la criminalité chez les jeunes est horrible et qu’il faut punir les jeunes pour les ramener sur le droit chemin. La mentalité du « qui aime bien châtie bien » ne mène à rien.

Oui, il y a eu des cas où des jeunes ont commis des crimes horribles, mais notre système judiciaire a, en grande partie, pu s’en occuper de manière responsable. À mes yeux, il est honteux que nous en soyons encore à faire de la politique sur le dos des jeunes et à les attaquer.

J’ai voyagé dans tout le pays. J’ai parlé avec des jeunes qui ne veulent rien de plus que d’être valorisés, écoutés et épaulés par leur gouvernement. Le fait est que le gouvernement ne parle pas des jeunes, sauf pour susciter la peur. Il pratique une politique de la peur, pour que nous ayons peur des jeunes et de ce qu’ils représentent, pour nous faire craindre les crimes violents dont sont capables des jeunes, plutôt que de travailler à rassembler les gens, à créer des occasions pour permettre aux jeunes d’apprendre, de s’épanouir et de contribuer. Cette réaction primaire — choisir la solution facile consistant à tous les enfermer et de jeter la clé aux oubliettes — est la raison d’être de ce programme de lutte contre la criminalité de l’autre côté de l’allée.

Nous devons mettre nos énergies à être sévère à l’endroit de la criminalité. Le gouvernement n’a de cesse de tout diaboliser et de faire peur aux gens. L’idée est que la politique doit rassembler et non diviser.

Mes collègues m’ont dit qu’il y a possibilité de préserver certains éléments de ce projet de loi sur le système de justice pénale pour les adolescents au moment de l’étude en comité. J’ai d’ailleurs bien hâte d’assister aux discussions du comité. Cependant, le fait est que je souhaiterais surtout que le gouvernement ait une meilleure opinion des jeunes Canadiens et de leur capacité d’être non seulement les leaders de demain, mais aussi les leaders d’aujourd’hui, pour peu qu’on leur en donne les moyens.

Les jeunes Canadiens et tous les Canadiens méritent mieux.

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